S’Il y avait un club des courses exceptionnelles, la Transbaie devrait en faire partie. La Transbaie est aussi appelé le Dakar des courses. Alors prêt(e) à chausser tes baskets 4×4 ?

La Transbaie n’est pas impressionnante par sa distance : 17 km. Elle pourrait l’être par le nombre de participants : 6 500. Mais ce qui fait sa particularité, c’est que l’on court dans la mer !

En effet au moment des grandes marées, c’est possible de traverser la baie de Somme à pieds. Alors en courant, c’est possible deux fois. Et le parcours comprend un aller-retour de 5 km sur le sable déserté par la mer. Il ne faut tout de même pas traîner car la marée remonte et la légende raconte que certains coureurs risquent de ne pas revenir vivants. Mais c’est une légende bien sûr.

La date dans le calendrier dépend donc du moment des grandes marées et elle ne doit pas tomber sur un long week-end afin de ne pas faire de l’ombre au tourisme. Ce qui est sûr, c’est qu’elle se déroule au premier semestre, souvent en mai ou juin.

Pour connaître la date, surveille le site internet de la course en début d’année. Attention, il ne faut pas trop tarder à s’inscrire car les places sont limitées à 6 500 participants et elles partent assez vite.

Et j’entend siffler le train…

Le départ est donné à Saint Valéry-sur-Somme par le sifflet du train à vapeur de la baie de Somme. L’ambiance est festive et joyeuse. Une fraction de coureurs crée une ambiance de fête en étant déguisé. On voit des duos, des trios et aussi des équipes de 10 ou plus.

Oumga Oumga ! (ça veut dire Bonjour en Croc Magnon)
Viking Race ?
Bonjour les petits enfants

La bonne humeur est présente au départ et tout au long de la course. C’est une course où il y a beaucoup de public car les familles, les amis sont venus supporter leurs champions. Les coureurs viennent de toute la France.

Le début de la course se déroule sur 2 km de bitume dans la ville de Saint Valery avec quelques côtes et un retour dans le centre-ville. Puis Direction la baie en longeant le chenal du port. Au total, c’est 4 km d’échauffement avant d’entrer dans le « mou » du sujet. Et plus c’est mou, plus c’est dur !

Voici la première surprise que tous les coureurs redoutent. La plongée dans le canyon de la baie où une mare s’est formée au fur et à mesure des passages des coureurs. Le public et les photographes ne se sont pas trompés et ils s’agglutinent en masse pour voir les vagues de coureurs qui plonge dans cette mare.

Quand je dis une mare, c’est plutôt un lac… un lac de boues vaseuses oscillant entre le jaune et le noir. L’expérience apprend à bien serrer ses chaussures, mais pas trop non plus pour ne pas couper la circulation sanguine.

Vue de face
Vue de derrière

Mais qu’est-ce qu’il fait celui-là à quatre pattes en train de fouiller la vase de ses mains ? Oh le malheureux, il n’a pas écouté mon conseil et il cherche sa basket. C’est aussi ça la Transbaie. Un monstre qui a faim de baskets !

C’est donc normal de voir des coureurs à l’arrivée sans chaussures. Si, si, ici à la Transbaie, c’est normal. Ce ne sont pas des adeptes du « barefoot running » (courir à pied nus) ; ni des coureurs pauvres !

Une fois le canyon vaincu, dis-toi : « Le Crotoy, nous voilà ! ».

C’est parti pour environ 5 km. L’aller est plus difficile car tu dois t’habituer à courir avec un kilo de vase à chaque basket. La première fois, c’est très surprenant. Tu apprends vite que les flaques te permettent de laver ces kilos supplémentaires. Mais dès que tu es sorti de la flaque, tes baskets se rechargent vite en sable.

Envoyez la légion !

Le deuxième effet, c’est la traversée de champs boueux très, très, très glissants. Tu gères comme tu peux ton équilibre et mine de rien, les adducteurs travaillent. Parfois les bras aussi travaillent car ils évitent à ton corps et ta tête de se retrouver complètement allongé dans la boue. Mais la Transbaie est tellement bien organisée, qu’elle a prévu régulièrement des « baignoires  d’eau » pour te rincer.

Le troisième effet, c’est le secteur des ravins. Ce sont des fossés, des mini canyons créés par le retrait de la mer. Les premiers, tu peux les enjamber et retrouver tes appuis sur la végétation. Et oui, il y a de la végétation verte par endroit, c’est surprenant. C’est ce qui fait le charme de cette course, tu cours sur un terrain de jeu unique en son genre. Le paysage est extraordinaire. D’ailleurs, pendant la course, regarde autour de toi. Là c’est un ruban de coureurs qui s’étire dans un décor exceptionnel… A droite, c’est un coin de nature magnifique… Ces coureurs qui s’entraident pour se relever ou franchir un fossé, c’est un beau moment de solidarité… Et ces déguisés qui font rire tout le monde, quel beau spectacle…

Revenons aux petits fossés. En réalité et très vite, ça va se compliquer. Car à la Transbaie, plus on avance, plus le fossé a tendance à devenir grand. Grand, ça veut dire long et profond. Donc, Il va falloir sauter à pied joints dans la vase, s’en extraire et remonter de l’autre côté, parfois en posant un genou sur le bord, parfois aussi grâce à l’aide d’une main bienvenue. Quel sport magnifique où la solidarité est présente dans le peloton. Car pour les premiers, je ne sais pas si c’est la même chose. Et même si j’en doute, je n’irai pas à dire non plus, qu’ils peuvent se pousser dans les fossés. Non, je ne l’ai pas dit !

Les premiers…

A la lecture de tout ceci, ça peut paraître dur… Et ça l’est ! Mais c’est aussi 100 fois plus marrant et excitant et c’est pourquoi cette course est extra.

En plus, il y a bien sûr les coureurs « sérieux », mais il y aussi les coureurs déguisés, voire les bandes déguisées qui mettent une ambiance du tonnerre. Que ce soit au départ ou pendant la course. A titre personnel, comme tu peux le voir sur les photos, je cours déguisé avec des amis. Ça nous attire beaucoup de succès chaque année et nous passons régulièrement en direct sur France 3 Haut de France qui retransmet la course, ainsi que dans les journaux locaux.

Après le secteur des ravins, c’est plus facile et juste avant d’arriver au Crotoy, il y a un passage dans l’eau qui mouille et nettoie jusqu’à la taille. Ainsi, tu arrives tout propre au ravitaillement unique de la course. Un petit tour au Crotoy avec du public présent partout et retour vers Saint-Valery.

N’avez pas vu Homer ?

Le retour est plus simple et malgré la fatigue, tu sais qu’il ne faut pas traîner car dans quelques heures, il y aura quelques mètres d’eau à l’endroit où tu es !

Bien sûr, excepté le secteur des ravins, il va falloir repasser dans les baignoires d’eau et les champs boueux. Pour retrouver la terre ferme, il va falloir remonter le grand canyon dont l’état ne s’est pas arrangé par rapport au début de course ! Ils auraient pu remettre du sable quand même ! Le challenge, c’est de ne pas tomber, surtout que le public présent en masse n’attend que ça. Méchant public !

Les derniers kilomètres, c’est la remontée du chemin du chenal. Et enfin l’arrivée dans la ville au milieu de la foule des supporters en délire.

Dernier virage et c’est fini. Un 17 km qui vaut un bon 21 km en termes d’efforts.

Remise du sac de ravitaillement et direction la drôle de douche collective et mixte !

La version masculine
La version féminine

Qu’est-ce que c’est que cette drôle de douche ? C’est un tracteur équipé d’un engin d’épandage pour les champs. Un engin d’épandage, pour celui qui ne sait pas, c’est une grosse cuve munie de rampes sur chaque côté et il y a des dizaines de buses d’arrosage sur les rampes. Les organisateurs précisent que l’engin d’épandage n’a jamais servi. Et que c’est de l’eau propre. Je confirme que l’eau est plus claire que l’eau de la baie. Quant à l’engin agricole, il parait en effet rutilant de tous ses chromes.

Qu’elle est la bienvenue, cette douche. Elle permet de se rincer et d’éliminer une bonne partie de la vase et de son odeur délicate.

La majorité des coureurs abandonne ses chaussettes et ses vieilles chaussures dans les poubelles. Ici, les fétichistes de « shoes et sockets » peuvent s’en donner à cœur joie !

Comme tu l’as compris, il faudrait être fou pour courir la Transbaie avec une paire neuve, si ce n’est peut-être en achetant ses baskets chez Eram (si tu n’as pas compris, relis plusieurs fois cette phrase)…

On a flouté la marque…
A la douche…

Tu recevras une belle médaille à l’arrivée. Dommage que les organisateurs ne fournissent pas le cordon. Le picard, serait-il radin ?

Et la logistique familiale a toute son importance, car tu seras sans doute heureux de mettre quelques affaires sèches après la douche. Ce sera l’occasion de mettre ton Tee-shirt de la Transbaie reçu la veille avec ton dossard. Tu vois, Gentil Organisateur, quand tu veux, tu es sympa !

Alors voici mes paroles de conclusion : la Transbaie, c’est une course à faire pour le fun. Il faut avoir un entraînement d’un semi pour revenir avant la marée. Il faut bien organiser sa logistique : hébergement, accompagnement, repérage du parking, retrait du dossard le samedi. Il faut en profiter pour découvrir un superbe coin de France et faire le touriste la veille.

Comme moi, tu deviendras fan et à la Transbaie, on y revient chaque année !

 

Héros d’un jour, Héros toujours

Nota Bene : ah oui, j’oubliais, il y a des super-héros aussi qui s’entraînent à la Transbaie :

La Transbaie : Fuyez la Marée

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